Ma soirée d’hier s’est déroulée entre larmes et crème glacée. Détrompez-vous, je ne suis pas allée voir un mélo bon marché au cinéma. J’ai joué les épaules fortes et solides pour consoler mon amie d’enfance. J’étais tranquillement installée entre mon canapé, un hamburger et quelques frites lorsque ma sonnette a retenti. Célimène, le mascara noyé et les yeux bouffis, se tenait là, au bord de la crise de nerfs. « Il m’a encore menti ». Le « il » c’est Jules, le plus dragueur des coureurs de jupon. Elle a beau avoir des cornes dignes du Minotaure, rien n’y fait, elle s’accroche. Entre un sanglot et une cuillère de glace, elle me glisse : « Mais tu sais, c’est plus fort que lui. C’est un artiste ». Un artiste ! Laissez-moi rire. Bidouiller des trucs pour soi, sur son ordi, je n’appelle pas ça être artiste. Et depuis quand les artistes doivent être infidèles !?! On n’est pas chez les Rolling Stones tout de même ! J’essaie de raisonner mon épleurée : il a trompé son ex, il trompe Célimène comme il change de chemise… la prochaine risque bien de subir le même sort. Mais moi, ce que j’en dis… Comme son premier argument est tombé à plat, elle enchaîne : « Mais tu sais, il a un charisme impressionnant ». Certes, certes, il a du charme mais de là à parler de charisme, il ne faut pas pousser Mamie dans les orties. Je dirai qu’il a plutôt un ego surdimensionné. Je cite : « Oui, moi, je vis hors de la société. Mon œuvre porte sur ma vision du monde. » Mmmm, je suis perplexe… C’est bien beau tout ça, mais à un moment donné, il faudrait songer à communiquer cette fameuse vision du monde. Sinon, on donne plus l’impression de brasser de l’air que de réfléchir sur le monde environnant. Je n’ai rien contre Jules (enfin, j’avoue que j’apprécie très moyennement sa façon d’agir) mais je peine à supporter ses chevilles démesurées et son côté bête d’hormones (pour ne pas dire autre chose !) Quant à sa façon de reluquer toutes les nanas à trente kilomètres à la ronde, elle a le don de me taper sur le système. « Mais c’est pour son art » temporise Célimène. « Il a besoin de s’imprégner des autres pour créer ». Elle entend quoi par s’imprégner ??? C’est sûr qu’il pénètre la société mais on ne peut pas dire que son travail en ressorte grandi. Après de nombreuses (et vaines tentatives) je baisse les bras. L’adage prétend que l’Amour rend aveugle, Célimène en est la preuve vivante. « Eh puis, il est un peu victime. Toutes ces filles qui lui courent après. C’est vrai, elles sont pénibles ces célibataires ». Alors là, ma Belle, permets-moi de ne pas adhérer à cette thèse. D’accord, les nymphettes ont leurs torts mais Jules n’est pas obligé de céder à toutes ces avances. Elles ne lui mettent pas le couteau sous la gorge tout de même ! Il serait tant que chacun assume ses actes. Bref…
Célimène passera donc la soirée à s’épancher sur ma frêle épaule. Nous referons le monde mille fois (ah, si j’étais riche !), nous referons les hommes cent mille fois (ah, les hommes !), nous nous referons… pas tant que ça, parce que nous sommes presque parfaites finalement ! Célimène repartira le cœur vaillant, prête à affronter tous les coups bas de son Aimé. Quant à moi, je retrouverai Belamour, sereine et apaisée. Après tout, personne n’a prouvé que l’Homme Parfait n’existait pas…
Cette fois-ci, c’est décidé : j’arrête de côtoyer des faussaires !
