vendredi 26 septembre 2008

Amitié et amertume

Imaginez : rues piétonnes, un samedi après-midi, vous déambulez nonchalamment, les bras chargés d’achats divers lorsque soudain vous êtes frappé de stupeur. A 200 mètres de vous, parmi la foule, vous reconnaissez une amie de lycée, pas vue depuis au moins 10 ans.
« Cécile, c’est toi ? »
« Mel, c’est pas croyable !!! Comment tu vas ? bla, bla, patins, couffins… »
Bref, revival les années 90… Alors que vous vous esclaffez de concert sur les souvenirs impérissables des années lycée, voilà votre ancienne meilleure amie qui vous assène le premier d’une longue série de coups de poignard dans le dos :
« Au fait, tu sais que Yohan s’est marié l’été dernier ? »
« Nan, c’est pas vrai… avec qui, je la connais ? «
« Mais bien sûr. (long silence pour faire durer le suspens). Avec Carole »
Alors là, je n’y crois pas. Mais enfin, pourquoi ? Pourquoi Carole ? Yohan n’aimait que les rousses… il trouvait les blondes trop ternes, fades… trop blondes, quoi ! Et puis, il n’arrêtait pas de dire qu’elle était trop petite… il l’appelait Rase-Moquette et répétait sans cesse « elle est si petite qu’on dirait qu’elle est loin »… comprends pas. Elle se teint peut-être en roux aujourd’hui, qui sait ? Je me remets à peine du choc lorsque Cécile porte un nouvel assaut :
« Oh tu te souviens de Jennifer… »
« Euh… ben non… »
« Mais si, celle qui n’avait pas d’ami… Eh bien , j’étais dans la même chambre qu’elle à la maternité ! C’est dingue, non ? »
« ah… tu as eu un bébé ? »
« Oui, en fait, j’ai deux enfants… mais Jennifer, elle, accouchait de son 3ème… en 8 ans de mariage… c’est chouette, hein ! »
« Mouais, c’est chouette… (Soupir) »
Et ça dure comme ça pendant plus d’une heure. Toute la classe de Terminale L année 98 y passe. Tous… pas un seul oublié… et au final, je suis aux aboies. Les 33 lycéens sont mariés, parents, PDG… ou les trois à la fois… tous sauf un… ou plutôt une… moi ! Mais pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Qu’est ce que j’ai bien pu faire dans mes vies antérieures pour avoir un Karma aussi pourri ? Je quitte Cécile le moral dans les escarpins. Elle aura même été jusqu’à me porter l’estocade en me confiant qu’elle prenait une année sabbatique avec mari et enfants pour faire le tour du monde !
Moi suis coincée ici et mes seules vacances, (15 jours d’affilée à tout casser), je les passerai en rase campagne… chez mes parents ! Suis déprimée, prête à me faire Hara Kiri.
Tout bien réfléchi, ça craint du boudin de ressasser les souvenirs. Le lycée, c’est terminé, fini, oublié ! Ma vie me plaît, je m’éclate même si je suis seule, sans enfant, sans Jules, sans persan et avec un boulot qui ne permette aucun voyage (bon, c’est sûr que mis bout à bout, c’est pas très réjouissant).
En tout cas, cette fois-ci, c’est décidé : j’arrête de reconnaître mes vieilles connaissances !